An Ethiopian Journal

"Until lions have their historians, tales of the hunt shall always glorify the hunters"

Sur les traces de la reine de Saba

leave a comment »

Source – http://www.ethiopianorthodox.org/french/ethiopia/histoire01.html

Axoum, cette antique capitale commerciale et fief de l’orthodoxie regorge de trésors. Fouillée à plusieurs reprises depuis le dernier siècle le parc des stèles devenu le symbole de cette ville de 6000 âmes n’a toujours pas livré sont mystère. La forte chaleur n’est pas sans difficulté pour les européens mais elle est bien vite oubliée avec la joie de la découverte des traditions éthiopiennes autour de la légende de la reine de Saba, cette belle souveraine autrefois partie des pays du Sud pour se rendre au près du fameux roi Salomon afin d’écouter et éprouver sa sagesse. Les nomades avec leur caravane nous entraînent dans un paysage rude et montagneux. Elles passent comme ces rares nuages dans le ciel azur. Les chamelles, d’un pas mesuré tracent leur piste au milieu des cactus en fleur puis s’effacent dans la poussière et les sables. Et si elles se rendaient à Jérusalem? Un chamelier me répond ” Ce serait bien trop long et trop coûteux “. Il en reste que la souveraine du Sud l’a fait. Quelle aventure, à entendre le récit du Kebra Nagast, ce fameux texte du XIVème siècle racontant en 117 chapitres la gloire des rois d’Ethiopie tous descendants de la reine de Saba. En voici un extrait traduit à partir d’un manuscrits guèze en Ethiopie.


Au sujet de la reine du Sud

Il y avait un brillant chef des marchands nommé Tamrin pouvant charger 520 chameaux et qui avait 73 bateaux. En ce temps, le roi Salomon voulut bâtir le Temple d’Egziabeher. Le marchand de la reine d’Ethiopie s’y rendit et remarqua la sagesse de Salomon. Il admirait et faisait attention à son jugement et aux réponses que prononçait sa bouche, à la douceur de sa parole, à sa démarche…
Après cela, désirant retourner dans son pays il alla chez Salomon, se prosterna devant lui et le salua en lui disant : ” Paix à ta grandeur, congédie-moi pour que j’aille dans mon pays auprès de ma maîtresse car je suis resté longtemps à contempler ta gloire, ta sagesse “.
Salomon entra dans sa maison et lui donna tout ce qu’il fallait de précieux pour le pays d’Ethiopie et il l’envoya en paix.
Arrivé auprès de sa maîtresse et lui remit tous les biens qu’il avait apporté…Jour après jour, il lui racontait toute la sagesse de Salomon et elle s’émerveillait de ce qu’elle entendait de la part du marchand, son serviteur. Dans sa pensée elle songeait à aller chez lui mais elle l’imaginait trop loin. Elle demandait encore et il lui racontait encore… et Egziabeher affermit son cœur pour partir. Elle rassembla les chamelles, les mulets, les chevaux, les ânes, les chèvres, les moutons, la gourde, la monture, les sacs de voyages, les récipients et les chariots. Elle ordonna à tous ses sujets de préparer un voyage d’une durée de 6 mois. Ils prirent également des sacs de voyage et rangèrent leur maison car le pays où ils allaient était loin.

Elle leur dit encore : ” Mon cœur recherche la connaissance, je suis mordue par l’amour de la sagesse. La sagesse est plus grande que tout ce qui est créé sur terre…Un royaume sans sagesse n’est pas stable et la richesse n’est pas gardée sans la sagesse…Honorer la sagesse consiste à honorer le sage et l’amour de la sagesse à aimer la sagesse dans l’amour du sage. Aime le sage et ne t’écarte pas de lui. Tu deviendras sage par son regard. Ecoute l’ouverture de sa bouche pour que tu deviennes comme lui…en l’écoutant, je l’ai aimé sans l’avoir vu car toute nouvelle de sa part pour moi est devenue aussi importante pour mon cœur que l’eau l’est pour la soif! “.
Ses notables, ses serviteurs, ses servantes et ses conseillers répondirent et dirent : ” Notre maîtresse, la sagesse ne te manque pas et par ta sagesse tu aimes la sagesse mais nous, où que tu ailles nous irons avec toi, et où que tu demeures nous resterons avec toi. Que notre mort soit avec ta mort et notre vie avec ta vie! “.

Son arrivée auprès du roi Salomon.
Elle arriva à Jérusalem, lui apporta ses cadeaux et lui fit beaucoup d’honneur. Lui aussi l’honora et se réjouit. Il lui accorda une résidence au palais royal près de lui…Il allait chez elle et se réconfortait de même qu’elle se rendait chez lui pour se réconforter. Elle observait sa sagesse, son jugement, sa gloire et la douceur de sa parole. Elle s’émerveillait dans son cœur et admirait la beauté en son esprit. Elle comprenait dans son intelligence et épiait de ses yeux ce qu’elle voulait…
A Salomon, rien n’est caché du langage des animaux et des oiseaux. Il asservit les démons par sa sagesse. Et tout ceci est fait dans l’art que lui avait donné Egziabeher car il n’a pas cherché la victoire sur l’ennemi et il n’a pas demandé de richesse, ni de gloire mais la sagesse et la connaissance pour rendre le jugement à son peuple et de quoi construire le temple d’Egziabeher.

Comment le roi parlait avec la reine.

La reine Makéda dit au roi: ” Loué sois-tu mon maître que la sagesse et la connaissance t’aient été donné. Je souhaitais être comme l’une de tes plus basses servantes pour laver tes pieds et écouter ta sagesse, comprendre tes connaissances et servir ton royaume et profiter de ta sagesse…Je rends grâce à celui qui m’a fait venir et m’a permis de te voir; qui m’a fait marcher dans les traces de tes pas et m’a fait entendre ta voix “.
Salomon répondit et lui dit : ” La sagesse et l’intelligence sont venus de toi-même, je l’ai dans la mesure où le Dieu d’Israël m’a accordé ce que j’ai demandé et j’ai cherché chez lui mais toi qui ne connaissais pas le Dieu d’Israël, cette sagesse, tu l’ as laissé émaner de ton cœur pour me voir, moi l’humble serviteur de mon Dieu et gardien de la tente que je privilégie et que je sers… je ne suis pas un homme libre, je ne [le] sers pas par ma [propre] volonté mais par la sienne…”

Et pendant qu’il racontait ceci à la reine il vit un ouvrier qui portait une pierre sur sa tête, une gourde d’eau à ses épaules, ses provisions et ses chaussures à son bras et en plus du bois dans ses mains. Ses habits étaient vieux et déchirés, la sueur coulait de son front et l’eau de la gourde gouttait sur son pied.
Le roi se tourna vers la reine et lui dit: ” Regarde ceci, en quoi suis-je plus grand? En quoi ai-je plus de mérite par rapport à celui-ci? Car je suis humain et demain je serais cendre, ver et pourriture et maintenant je peux paraître immortel à jamais…
Quand la reine entendit ceci, elle dit : ” Combien ta parole me plait! Mais dis-moi donc, qu’est-ce qu’il est mieux d’adorer? Nous adorons le soleil comme le pensaient nos pères, nous disons que le soleil est le roi des dieux, or nous entendons que vous, Israël, [avez] un autre dieu que nous ne connaissons pas. Il nous a été dit qu’il vous a envoyé une arche depuis le ciel et qu’il vous a donné l’arche de l’ordre des anges par la main du prophète Moïse. C’est ce que nous avons entendu. Il descend lui-même chez vous, il vous parle et vous montre son jugement et son commandement “.

Au sujet de ce qu’il a recommandé à la reine.
Le roi répondit et lui dit : ” En vérité, il est convenable que nous l’adorions lui seul avec crainte et tremblement, dans la joie et l’allégresse car il est le Seigneur de tout, le créateur des anges et de l’être humain “.
La reine dit alors : ” A partir de maintenant je n’adorerai plus le soleil mais j’adorerai le créateur du soleil, le Dieu d’Israël. Que l’arche du Dieu d’Israël soit ma maîtresse, pour moi et pour la génération après moi, pour tout le royaume de ceux qui sont mes sujets…”.
Après six mois elle désira rentrer dans son pays. Elle envoya [un message] chez lui en disant : ” J’ai cherché à rester avec toi mais maintenant je dois rentrer dans mon pays à cause de mon peuple. Qu’Egziabeher fasse fructifier dans mon cœur tout ce que j’ai entendu et dans le cœur de ceux qui ont écouté avec moi! “…
Lorsqu’elle lui eut envoyé [la nouvelle] qu’elle partait dans son pays, il réfléchit dans son cœur et dit : ” Une femme d’une grande beauté est venue chez moi depuis les extrémités de la terre; [comment] saurai-je si Egziabeher m’accorde une descendance d’elle? “. Comme il est dit dans le Livre des Rois : ” Salomon aimait les femmes …et le fait qu’il fasse ainsi n’était pas de la débauche mais la réflexion de sa sagesse donnée par Egziabeher et en souvenir de ce qu’il a dit à Abraham: ” je multiplierai ta descendance comme les étoiles du ciel et le sable de la mer “…
Mais il n’a pas été donné de décret à Salomon [concernant] les femmes…”.

Le roi Salomon envoya dire à la reine : ” Après être venue ici pourquoi pars-tu sans observer la loi du royaume? …Le roi prépara la nourriture selon la règle du royaume et la reine entra en tant qu’étrangère avec grâce et honneur et s’assit de côté derrière lui pour voir, connaître et tout comprendre… Avec sagesse, il lui envoya de la nourriture qui donne soif et des boissons mélangées au vinaigre, au poisson et des mets poivrés. Il prépara ceci et en fit manger la reine… Après le repas, il se leva et lui dit: ” Mets-toi à l’aise ici par amour [pour moi] jusqu’au matin! “.
Et elle lui répondit : ” Jure-moi par ton Dieu, le Dieu d’Israël de ne pas me forcer et si je venais à transgresser la loi humaine, je partirai en voyage [comme] une jeune fille dans la souffrance, la difficulté et le trouble “.

La promesse de Salomon.

Il lui répondit et lui dit : ” Je te jure que je ne te forcerai pas mais toi jure-moi que tu ne convoiteras rien [de ce] qui est dans ma maison “. La reine rit et lui dit : ” Toi qui es si sage pourquoi parles-tu comme un insensé? Volerai-je ou déroberai-je de la maison du roi ce que ne me donnerai pas le roi? Ne crois pas, ô maître que je sois venue ici par amour de l’argent! Mon royaume est riche en trésors et il ne me manque rien de ce que je désire. Je suis seulement venue chercher ta sagesse… Jure-moi que tu ne me prendra pas de force et moi je jure de ne pas convoiter tes biens “. Et il lui jura et la fit jurer. Le roi alla au lit d’un côté et pour elle un lit fut préparé de l’autre côté.
Il dit à un jeune serviteur : ” Nettoie le contenu du pot et verse-y de l’eau pendant que la reine le voit, ferme la porte et va dormir “. Il dit ceci dans une autre langue que la reine ne comprenait pas et il fit ainsi et alla dormir. Lorsqu’elle se réveilla au milieu de la nuit, elle avait beaucoup soif puis elle eut l’idée de boire l’eau qu’elle avait vue. Elle guetta et regarda vers le roi Salomon qui lui semblait dormir d’un profond sommeil. Or lui ne dormait pas mais attendait à ce qu’elle se lève pour voler l’eau pour [étancher] la soif.
Elle se leva sans faire de bruit et prit de l’eau pour boire. Soudain il lui saisit la main avant qu’elle ne but l’eau en disant: ” Pourquoi as-tu rompu le serment [dans lequel] tu as juré de ne rien convoiter de ce qui est dans ma maison? “.
Elle répondit avec crainte et dit : ” Est-ce rompre le serment que de boire de l’eau? “. Le roi lui dit : ” Est-ce que tu vois quelque chose de meilleur que l’eau sous le soleil? ” Et elle dit : ” J’ai péché contre moi-même mais tu es libre du serment, laisse-moi boire de l’eau pour ma soif! Et il la laissa boire. Après qu’elle eut bu de l’eau il fit sa volonté et ils dormirent ensemble.

Le lendemain, elle se réjouit et s’apprêta à partir. Il la salua avec beaucoup de dignité. Seul avec elle, il ôta l’anneau de son plus petit doigt et le donna à la reine en lui disant : ” Prends-le afin de ne pas m’oublier et si jamais j’ai une descendance de ton sein que ceci en soit le signe. Si c’est un garçon laisse-le venir à moi. Que la paix d’Egziabeher soit avec toi! Quand j’ai dormi avec toi, j’ai vu beaucoup de visages en rêve, le soleil brillait sur Israël, disparut et s’envola puis brillait sur le pays d’Ethiopie. Je ne sais pas si ton pays est béni avec toi, Egziabeher [seul] le sait… Qu’Egziabeher soit avec toi, va en paix! “. Et ils se quittèrent.

Comment elle enfanta et arriva dans son pays.
Elle arriva dans son pays Bala Zadisareya en l’espace de 9 mois et 5 jours lorsqu’ elle eut les douleurs et enfanta d’un petit garçon. Elle le laissa à ses nourrices avec beaucoup d’honneur et de joie et resta seule jusqu’à la fin des jours de sa purification. Puis elle rentra dans son pays avec beaucoup de dignité… Elle restaura son royaume et rien n’échappait à son commandement car elle aimait la sagesse et Egziabeher veillait sur son royaume.
Cet enfant grandit et elle l’appela Baïna Lehkem, le fils du sage. A 12 ans il se rendit chez sa mère et lui dit : ” ô reine ! Dis-moi qui est mon père? “. La reine fort surprise lui dit qu’elle ne voulait pas le voyage…Puis un jour, elle lui dit: ” Ne le cherche pas, son pays est loin et son voyage est long! “. Mais cet enfant Baïna Lehkem devint beau. Toute sa carrure, ses membres et la forme de son épaule ressemblait au roi Salomon son père. Ses yeux et ses jambes et toute sa démarche ressemblait au roi Salomon. Quand il eut 22 ans, il dit à la reine : ” J’irai, je verrai le visage de mon père et je reviendrai ici par la volonté d’Egziabeher, le Dieu d’Israël “.

Le départ du futur roi d’Ethiopie
Elle appela Tamrin le chef de ses marchands et lui dit : ” Prépare-toi pour ton voyage. Prends ce garçon parce qu’il me dérange beaucoup nuit et jour. Conduis-le auprès du roi et ramène-le en bonne santé …Elle leur ordonna de ne pas laisser son fils là-bas mais de le faire roi et de le ramener chez elle afin qu’il exerce le règne pour son pays. Car c’était une institution qu’une femme vierge règne en Ethiopie. Elle dit : ” A partir de maintenant un mâle provenant de ta famille sera fait roi et il ne règnera plus jamais de femme …”

Elle le prit à part et lui donna ce gage que lui avait donné Salomon sur ses doigts, l’anneau pour reconnaître son fils et pour se rappeler la parole et de la promesse qu’elle a faite. Puis, elle l’envoya en paix et ils commencèrent le voyage.

Son arrivée à Jérusalem
Lorsqu’il arriva à Gaza, tout le pays jusqu’au bord de Juda fut troublé car il ressemblait parfaitement au roi Salomon. Quand le roi Salomon entendit ceci, son cœur se troubla et il se réjouit dans son âme car il n’avait pas de fils en ce temps en dehors d’un enfant de 7 ans du nom de Jéroboam comme le rappelle Paul, qui disait : ” Car Egziabeher a rendu folle la sagesse du monde ” …
Quand il le vit, le roi Salomon se leva et l’accueillit…Il le couvrit de vêtements d’honneur qui éblouissent les yeux et le fit asseoir sur son trône pareil au sien et il dit à ses honorables d’Israël : ” Vous médisiez entre vous et vous disiez que je n’ai pas d’enfant, regardez celui-ci est mon enfant, le fruit de mon sein que m’a donné Egziabeher, le Dieu d’Israël de qui je ne [l’] avais pas attendu “.
Ses honorables répondirent et lui dirent : ” Que la mère qui a enfanté ce jeune homme soit bénie, que le jour où tu t’es uni à elle la mère de ce jeune homme soit béni. Car un brillant homme est sortit sur nous de la génération de Jessé qui pourrait être le roi de la tribu de nos tribus. De sa génération ils ne demanderont pas après son père, et personne ne se demandera d’où est venu le vrai israélite de la génération de David parfaitement créé à l’image de la ressemblance de l’apparence de son père. Et pour nous ses serviteurs, il sera roi “.
Quand ils étaient seuls, il donna à son père cet anneau que sa mère lui avait donné et lui dit : ” Prends cet anneau et souviens-toi de la conversation, de ce dont tu as discuté avec la reine. Et donne-nous le tissu qui couvre l’arche de l’alliance d’Egziabeher pour que nous nous prosternions devant elle en tous nos jours, tous ceux qui sont au-dessous de nous et ceux qui sont dans le royaume de la reine “.
Et le roi répondit et lui dit : ” Pourquoi m’as-tu donné l’anneau en signe? J’avais déjà trouvé ton apparence à mon image avant que tu me donnes un signe car tu es mon fils “.
Après cela, il lui envoya matin et soir de bons repas et des habits somptueux, de l’or et de l’argent et il lui dit : ” Il est mieux de rester ici dans notre pays où il y a le temple d’Egziabeher où est l’arche de l’alliance d’Egziabeher et là où Egziabeher vit avec nous “. Mais son fils lui envoya [un message] disant : ” Il y a de l’or et de l’argent; les habits ne manquent pas dans notre pays mais moi je suis venu pour écouter ta sagesse et voir ton visage, pour te saluer et servir ton royaume. Je me prosterne à toi, envoie moi chez ma mère dans mon pays car il n’y a personne qui hait le lieu où il est né et la langue de son pays…Les montagnes du pays de ma mère où je suis né sont mieux pour moi. Et si je sers l’arche du Dieu d’Israël là où je suis, cela m’honorera. Je regarderai [vers] le temple d’Egziabeher que tu as bâti; je sacrifierai et je la servirai là où je serai. Donne-moi la frange de la couverture de cette Sion l’arche de l’alliance d’Egziabeher, laisse moi me prosterner devant elle avec ma mère et avec tous ceux qui sont soumis de notre royaume… “.

Où Salomon interrogea son fils.
Salomon dit à son fils : ” Pourquoi veux-tu t’éloigner de moi? Qu’est-ce qui te manque pour que tu ailles au pays des païens? Qu’est-ce qui te déplait pour que tu abandonne le royaume d’Israël? “.
Son fils répondit et lui dit : ” Il n’est pas bon pour moi de rester ici! Laisse moi aller chez ma mère avec tes vœux de bénédiction car tu as un fils qui est plus grand que moi, Jéroboam qui est né légitimement de ta femme alors que ma mère n’est pas ta femme légitime “.
Et le roi répondit et lui dit : ” Alors si tu parle ainsi, je ne suis pas le fils légitime de mon père David car il a pris la femme d’un autre et le fit mourir au combat. Il m’engendra d’elle car Egziabeher le miséricordieux lui a pardonné…Toi mon fils, crains Egziabeher notre Dieu, n’oppresse pas la face de ton père pour qu’à l’avenir tu ne trouve pas le malheur de ce qui est sortit de ton sein et pour que ta descendance soit bonne sur la terre. Et lui, ce Jéroboam est un enfant de 6 ans alors que toi tu es mon premier-né qui est venu pour devenir roi et prendre l’épée de ton parent.
Mais moi, il y a maintenant 28 ans que je suis devenu roi et ta mère est arrivée chez moi dans la 7ème année de mon règne. Si Egziabeher m’accorde le même âge que mon père quand je rejoindrai mes pères toi tu seras assis [sur] mon trône. Les anciens d’Israël t’aimeront beaucoup et je t’organiserai un mariage. Je te donnerai des reines, des concubines autant que tu en voudras. Tu seras béni en cette terre promise qui est bénie…
Son fils répondit et lui dit : ” Maître ! Il n’est pas bon pour moi de quitter le pays de ma mère car ma mère m’a fait jurer le serment que je ne resterai pas mais que je revienne rapidement chez elle et que je n’épouse pas de femme d’ici. L’arche du Dieu d’Israël me bénira là où je serai et ta prière me suivra là où j’irai car je crains de voir ta face, d’entendre ta voix et de recevoir ta bénédiction. Laisse-moi aller chez ma mère en bonne condition.

Lorsque le roi décida d’envoyer son fils avec leurs enfants.

Après cela le roi Salomon retourna dans sa maison et réunit ses notables, ses serviteurs, les grands du palais royal et leur dit : ” Je ne peux pas faire dire oui à cet enfant! Maintenant écoutez-moi ce que je vais vous dire: faisons-le donc roi sur le pays d’Ethiopie avec vos enfants qui sont assis à ma droite et à ma gauche…Car Balthazar roi de Rome souhaite que je lui donne mon fils pour sa fille, pour le faire régner avec sa fille sur toute la ville de Rome puisqu’il n’a pas de descendant en dehors d’elle. Il a promis de ne pas couronner en dehors de la génération de David mon père. Ici nous serons trois rois: Jéroboam règnera ici sur Israël car ainsi [est] la prophétie de David mon père et la génération de Salomon sera de 3 chefs de royaume sur terre. Nous leur enverrons des prêtres et nous leur ferons des lois; qu’ils adorent et servent le Dieu d’Israël dans le principal royaume! Qu’Egziabeher soit loué par la famille du peuple d’Israël, qu’il soit honoré sur toute la terre!… Alors ils se préparèrent pour agir selon la loi et ils les envoyèrent dans le pays d’Ethiopie pour qu’ils règnent là-bas et qu’ils y restent eux et leur descendance de génération en génération.

Le couronnement le fils de Salomon.
Ils préparèrent du parfum d’onction pour la royauté et firent résonner le son des trompes et des cloches, des instruments, des cordes et des percussions entraînant au pays par des cris de joie. Ils chantaient et entrèrent dans le Saint des Saints et saisirent les cornes de l’autel. Le royaume lui fut donné par la bouche de Sadoq le prêtre et par la bouche de Joas, le prêtre ministre principal du roi Salomon. Il l’oint avec la sainte huile parfumée pour la royauté et il sortit du temple d’Egziabeher. Il l’appela du nom de David car il eut le nom de David selon la loi. Le roi Salomon le mit sur un mulet et ils le promenèrent en ville…
Le prêtre Sadoq lui répondit et dit : ” Ecoute ce que je te dis: si tu [le] fais tu vivras pour Egziabeher mais si tu ne le fais pas tu seras châtié par Egziabeher. Tu seras mauvais parmi les peuples et tu seras vaincu par ton ennemi. Il détournera sa face de toi. Tu seras effrayé, malheureux et malade dans ton cœur; ton sommeil [sera] sans paix et santé.
Ecoute la parole d’Egziabeher et mets-la en pratique, ne t’égare ni à droite ni à gauche de ce que nous t’ordonnons. Maintenant n’adore pas d’autres dieux…

La bénédiction des rois.
” Ecoute la bénédiction qui te trouvera si tu accomplis la volonté du Seigneur: tu seras béni en tous tes chemins, tu seras béni en ville, tu seras béni au champ, tu seras béni dans ta maison, tu seras béni au dehors, béni sera le fruit de ton ventre. Ceux qui étaient rassemblés dirent Amen. ”

 

Makéda, authentique reine de Saba ou une Néfertiti éthiopienne?

 

Dans la Corne de l’Afrique, l’Ethiopie et l’Egypte ont depuis très longtemps acquis la réputation d’être le berceau de l’humanité. Les deux pays disposent d’un important patrimoine culturel visible de part ses imposants monuments ou encore de part ses nombreux manuscrits cachés pendant de longues années dans des monastères. Or qui dit cachés dit aussi ignorés par ceux qui les cherchent. Ce n’est que lors de ces dernières années qu’un bon nombre d’entre eux a été recensé dans le cadre d’un programme de sauvegarde du patrimoine éthiopien. En Egypte les hiéroglyphes ont été déchiffrés bien avant et ont fait l’objet de travaux érudits qui ont passionné plus d’un chercheur.
Aujourd’hui, à l’heure où les conflits entre l’Ethiopie et l’Erythrée se sont apaisés, il est à nouveau possible, lors de missions de recherches, de gagner la confiance des conservateurs de trésors que sont actuellement les moines orthodoxes vivants reclus dans les monastères. Les échanges de biens et de personnes sont organisés entre les différents pays de la Corne qui ont une forte tradition du commerce et de l’échange et les Européens savent combien cette région était un lieu stratégique vu sa situation par rapport à la route de la soie et des épices.
Les fouilles archéologiques entreprises en Ethiopie, en Egypte et au Yémen mette à jour des vestiges datant d’une époque antérieure à celle du Christ mais très souvent ne suffisent pas encore à démontrer l’existence de la reine de Saba au IXème siècle avant J-C comme le supposeraient les textes de l’Ancien Testament rapportant le récit de la rencontre du Roi Salomon (972 à 933 J-C environ) et de la reine de Saba. C’est pour cela que nous avons pensé orienter nos recherches vers un autre royaume voisin qui est celui du temps de Néfertiti en Egypte où le culte solaire battait son fort.
Ainsi livrerons nous lors de cette études quelques aspects pouvant rapprocher deux illustres monarques, l’égyptienne Néfertiti et la reine Bilkis du Yémen dans une première partie afin de pouvoir en dégager un modèle commun dans un deuxième temps et que nous appellerons Makéda l’éthiopienne. Puis dans une troisième partie nous mettrons en évidence le procédé d’acculturation ayant permit de former l’identité ou l’image de la reine éthiopienne à partir des éléments culturels égyptiens étant parvenus sous une certaine forme jusqu’aux auteurs du Kebra Nagast, « La gloire des rois » éthiopiens mis par écrit sans doute au XIVème siècle seulement.


I Les figures de la reine dans la Corne de l’Afrique.

Des cas figures de femme nous sont données par la civilisation égyptienne alors que pour le cas de la reine de Saba nous devons plutôt tenir compte des trois grandes religions monothéistes du Livre: le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam.

A. En Egypte.

Néfertiti elle-même avait pu être inspirée par la reine qui la précédé de plusieurs décennies, voir plusieurs siècles, la reine Hatschepsout (1536-1447) de la XVIIIème dynastie bien connue pour son expédition dans le pays de Pount de laquelle une représentation existe encore au temple de Thèbes. Hatschepsout était une grande figure des pharaons si l’on tient compte des monuments aujourd’hui encore visibles.
Il n’est pas ainsi de Néfertiti dont l’extrême beauté a fait trembler plus d’un dignitaire ou esclave d’Egypte ainsi que des royaumes voisins. En effet, son nom qui figurait dans un cartouche sur les monuments a été martelé par ses successeurs qui voulait se débarrasser d’un génie et d’une gloire qui leur aurait fait de l’ombre pendant de nombreuses années après la disparition de cette femme monarque, reine, pharaonne, voir même déesse.
Par la suite ce sera encore une femme égyptienne, la fille de Pharaon qui détournera le roi Salomon de son service du Dieu unique d’Israël pour le pousser à l’idolâtrie qui sont pratiqués alors en Egypte.

B. Le Judaïsme
La reine de Saba y est perçue comme une personne venant des extrémités de la terre pour admirer la gloire et la sagesse du roi Salomon dans un premier temps. Or, c’est aussi elle qui a déclenché le déclin du royaume après son départ. Salomon a été troublé par la beauté de la reine certes mais rien ne montre qu’elle avait essayé de le convertir à son propre culte qui avait court en Ethiopie, le culte du serpent Arwé. Salomon a décidé lui-même de prendre un nombre inimaginable de femmes afin de répandre la gloire du Dieu d’Israël dans le monde entier.
Cependant, la reine demeurait une étrangère aux yeux des anciens d’Israël qui ne pouvait en aucun cas accorder à Salomon que le fils qu’il a eut de la monarque éthiopienne, monte sur le trône de David car la Loi du Dieu d’Israël demande à ce que ce soit l’un des leurs. Salomon pouvait alors hésiter entre une vie publique pour son royaume, le royaume d’Israël et une ville « plus familiale » avec la reine de Saba. La conscience de la reine a voulu qu’elle retourna dans son royaume afin d’y porter la Loi qu’elle avait découvert à Jérusalem ainsi que quelques éléments de culture juive.
Ainsi cette reine n’était pas seulement venue pour honorer et confirmer la grandeur de Salomon et d’Israël mais elle avait aussi apporté avec elle quelques troubles qui ne glorifient en rien la fin du règne de Salomon.

B. L’Islam

La figure yéménite de la reine est un paradoxe. Elle se place chronologiquement entre la civilisation égyptienne décrite dans le précédent paragraphe et celle de l’Ethiopie si l’on tient compte des recherches entreprises par le père Lazariste qui décrit clairement le mouvement de colonisation entrepris par les yéménites sur les côtes est de la Mer Rouge. La reine porte le nom de Bilkis dans le Coran et a subit un processus de mystification dans la mesure où la reine est perçue comme un démon troublant le roi Salomon et qu’il est meilleur de chasser, telle une femme qui n’est pas fidèle à son époux. Pourtant, un bon nombre de sourates sont imprégnés d’un romantisme et de mystique laissant apparaître une forme féminine plutôt séduisante. Et c’est en cela que consiste peut être le problème de la relation de l’homme à Allah, il doit être pur ! Et Salomon n’a pas pu le rester au contact avec une étrangère.
Nous pouvons constater que la compréhension n’est pas très éloignée de celle qu’en donne le Judaïsme.

II Le modèle finale : la reine de Saba de la tradition éthiopienne.

La reine de Saba dans la tradition que nous livre le Kebra Nagast au XIVème siècle, porte le nom de Makeda. On peut y relever un aspect très romancé de la rencontre du roi Salomon et de la Reine de Saba à Jérusalem donnant naissance à une dynastie salomonienne à travers un fils nommé David en souvenir du grand roi d’Israël puis Ménélik par transformation du nom en gheeze ou simplement par réinvention, qui signifierai alors « le fils du sage ». Ainsi la figure de la reine formée par la tradition éthiopienne est un mélange d’éléments venant de deux horizons différents mais en même temps très proches dans la Corne de l’Afrique.
La culture éthiopienne s’est formé à travers les contacts aussi peu qu’ils soient décrits et reconnus. Les thèse d’un grand isolement de l’Ethiopie sont valables pour la période du VIème siècle, donc dès les débuts de l’Islam jusqu’au XVIIIème siècle au plus tard lorsque l’empereur Ménélik II oriente son Empire vers l’occident avec l’idée ou le projet d’une Ethiopie moderne. Les contacts étaient favorisés par la route commerciale passant dans la mer rouge au temps de Salomon où avait lieu la construction du temple de Jérusalem.

III De l’acculturation à l’inculturation.

Qu’est-ce que l’acculturation ? Il s’agit d’une situation ou d’un procédé par lequel on reconnaît l’existence pleine d’une culture. Elle se place généralement dans la suite de la période de la table rase que le continent africain a connu au temps de la colonisation. Or dans le cadre des études éthiopienne, l’acculturation s’est produite au contact des pays et des cultures voisine déjà avant notre ère dans la mesure où l’histoire de l’Ethiopie, mieux connue que pour certains pays de l’Afrique Noire, s’étend plus loin dans le temps.
L’acculturation des éléments de culture égyptiens et yéménites à la culture éthiopienne. L’acculturation peut être considérée comme une étape à l’inculturation. En d’autres termes, l’inculturation est la révision de l’acculturation mais avec l’Evangile comme point fort de la culture.
Notre hypothèse est la suivante : Le modèle final de la figure de la reine de Saba résultant d’une acculturation peut servir à l’inculturation de l’Evangile.
Nous distinguons entre acculturation et inculturation dans la mesure où le premier terme s’adresse à n’importe quelle culture alors que le second s’adresse à une culture donnée en rapport avec le message de l’Evangile. Le christianisme a pu s’acculturer à la culture éthiopienne, c’est-à-dire qu’il a pu devenir un christianisme éthiopien dans lequel les habitants de l’Ethiopie trouvent des repères étrangers. L’inculturation du message de l’Evangile s’est produit après l’acculturation. Des repères ont été fournis par le message mais ne semblent pas suffire aux chrétiens qui cherchent alors à approfondir la question de savoir de quelle manière leurs coutumes peuvent s’accorder avec celles du contexte de la révélation divine. L’Evangile a été annoncé dans certaines régions du nord de l’Ethiopie, qui a l’époque avait le sens de « Afrique » puisque les frontières n’étaient pas encore tracées, dès le IV ème siècle mais le message a été discuté et a provoqué des schismes. Les Conciles étaient un lieu de rencontre et de division mais en tout cas un moment où des positions étaient prises par les différentes parties qui se sont formé tout au long de l’histoire du christianisme.
La reine de Saba est une figure que l’on a beaucoup utilisé au Moyen Age dans la représentation de l’Eglise comme l’épouse du Christ comme le montre aujourd’hui encore cette statue de la reine de Saba à la cathédrale de Chartres ou de Reims ou encore comme en témoigne ce vitrail de l’Eglise Saint-Paul de Strasbourg.

Qu’apporte-t-il à un chrétien d’étudier la question de l’inculturation dans une région si défavorisé sur le plan international si l’on sait que l’Ethiopie compte parmi les pays les plus pauvres, et qui par ailleurs n’a rien de comparable avec l’occident si ce n’est le point commun que forme l’Evangile ?
C’est justement par ce que nous avons ce point commun que nous pouvons en contact avec ce que l’on ne connaît pas avec la ferme assurance qu’il est possible de tisser une toile ensemble et pourquoi pas l’élargir ensemble par la suite comme il nous le recommande afin que se réalise ce qui est écrit voici près de 2000 ans : « Et cet Evangile du Royaume sera proclamé dans le monde entier, en témoignage pour toutes les nations ». (Matthieu 24 :14.)
Alors si la reine de Saba si riche et intelligente est allé voir un grand monarque qui n’était sans doute pas comment elle l’avait imaginé ou attendu car elle a pu voir aussi certaine faiblesses d’homme, c’est déjà une rencontre qui s’est réalisée avant cette parole citée par l’Evangile de Matthieu. Une telle rencontre était déjà possible entre les humains préoccupés par les questions de leur époque dépendant d’un contexte propre à chaque partie de la rencontre.
Cette rencontre est devenue un modèle pour bien d’autres monarques encore mais elle s’est limité à un certain milieux auquel il était matériellement possible de déployer autant de faste et de moyen. Toujours est-il que cette rencontre de la reine de Saba et du roi Salomon s’est gravé dans l’histoire et n’a pas encore été martelé à la manière du cartouche de Néfertiti en Egypte. Elle a été racontée dans des livres, représentée par des sculpteurs et des peintres ou encore par des acteurs au théâtre ou à l’opéra mais elle demande aujourd’hui à être imitée dans nos plus petits gestes montrant une marque de respect de l’autre dans une rencontre, l’écoute et le partage de la sagesse tout en ayant la possibilité de laisser percevoir à l’autre nos différences mais si finalement nous ne sommes pas aussi différents les uns des autres que nous ne le pensons.


Conclusion

A travers ces quelques lignes nous avons donc pu voir combien la formation de l’image de la reine de Saba, en tant que reine éthiopienne a été dépendante des cultures environnantes dans la corne de l’Afrique et combien d’autres cultures se sont inspiré de la même figure. Ainsi n’est-il pas bon de garder pour soi un trésor que l’on a trouvé si l’on ne sait pas qui l’y a déposé mais de le montrer et le partager aux autres.

Makeda ou la reine du Sud en mission vers le Nord
Dans le roman de Jacqueline Dauxois, la reine de Saba est invitée par le roi Salomon à se rendre à Jérusalem pour assister à la fête de la dédicace du Temple. Et Makeda d’accepter se met en route avec une longue caravane chargées d’or, d’épices, de pierres précieuse comme le décrit si brièvement l’Ancien Testament à deux reprises en I Rois 10 1-13 et II Chroniques 9 1-12. Makeda la reine d’Axoum en Ethiopie a accepter de se mettre en route, de risquer un voyage sans doute long et pénible lorsqu’on observe les paysages montagneux de la région du Rift alors que ses conseillers ne l’encouragent vraiment pas à entreprendre une visite officielle d’une telle ampleur. Avaient-ils peur pour la stabilité du royaume pendant la longue absence de la reine ? Ou était-ce à cause de son jeune age et du fait qu’elle était une femme reine non mariée alors que le roi Salomon était un grand roi sur Israël avec beaucoup de sagesse et de femmes ?
Makeda était sans doute préoccupé par autre chose. Portant ce nom Makeda signifiant « Celle qui concilie », elle a organisé son royaume avant de partir et a prit le soin de confié les responsabilités aux gens de l’opposition, ce qui lui évite de devoir affronter ceux qui prétendaient être ses amis avant le départ. Geste sans doute osé mais dont la ruse a permit de préserver la stabilité du royaume pendant son absence. Par ailleurs la souveraine de deux rives Makeda Bilkis a bénéficié du concours d’un vieux caravanier surnommé Zéléqué, ce qui signifie « il a passé au travers ».
A son arrivée à Jérusalem, nous osons imaginer que sa caravane a dû produire un somptueux défilé et les gens pouvaient bien se demander ce que cette souveraine si belle et si riche pouvait bien acheter au près de Salomon. C’est qu’elle a une mission, écouter et apprendre la sagesse qui a été donnée au roi Salomon par le Dieu unique d’Israël, afin de la transmettre à son peuple en Ethiopie. Jacqueline DAUXOIS l’écrit ainsi : « J’ai une mission à remplir. Je pars donner ma terre au Dieu d’Israël et convertir l’Afrique ».
L’Ethiopie d’alors rendait le culte au dieu Arwé un serpent qui devenait de plus en plus exigent et pour lequel les sacrifices devenaient trop importants. C’est là le point faible pour la religion qui va devoir laisser la place à celle que la jeune souveraine Makeda-Bilkis va introduire au royaume de Saba à son retour de Jérusalem. Makeda est devenue reine suite à une partie de chasse lors de laquelle elle tue un lion ayant attaqué son père Angebo. Le peuple l’acclame reine et son père quant à lui succombe suite à ses blessures.
Or, selon une autre tradition éthiopienne sans aucun doute fortement influencé par la culture égyptienne, son éducation religieuse lui avait enseigné qu’une fois reine du royaume de Saba elle sera une déesse comme son père l’avait hérité du dieu Arwé. Ainsi, est-il bien question du passage d’une forme de polythéisme au monothéisme, cette reconnaissance du Dieu unique d’Israël comme seul Dieu exclusif d’Israël. C’est l’idée que pouvait avoir Makeda lors de son accession au trône et qui la préoccupait avant de rencontrer le grand roi Salomon.

Or ce qui est manifeste n’est pas la peur de la souveraine d’être submergée et mis à l’écart par une religion nouvelle mais plutôt sa capacité à gérer et accueillir d’autres cultures pour en tirer le meilleur : l’harmonie rime avec richesse. Avant de se rendre chez Salomon, Makeda avait d’abord accueillie chez elle des représentants de différentes religions et cultures connues en son temps. Elle n’a pas tenu compte des haines ancestrales, des rivalités,.. mais elle les a accueilli et leur a laissé la liberté de repartir, ce qui par la suite ne sera plus toujours de règles pour les empereurs éthiopiens qui se plaisaient à tenir en captivité chez eux les voyageurs étrangers.

Par ailleurs, que pouvait encore construire Makeda alors que de Yeha à Babylone de prodigieuses villes couvertes de palais et de monuments s ‘échelonnaient ? C’est une manière classique de s’inscrire dans l’histoire que d’édifier un monument qui surprend tout le monde. Néfertiti, une souveraine égyptienne l’avait déjà fait avant elle et qui sait combien de temps après, son nom gravé sur les monuments d’Egypte a été effacé et qu’elle est tombé dans l’oubli.
Les fouilles archéologiques n’ont pas encore mis au jour de monuments d’une telle importance en ce qui concerne la reine de Saba si ce n’est le palais à Axoum au nord de l’Ethiopie et un autre à Marib dans l’actuel Yémen.

Alors pourquoi n’avait-elle pas choisi la voie royale classique pour se faire connaître par les souverains voisins ? Cette fabuleuse reine a préféré partir à la rencontre de ses voisins souverains et non simplement admirer les belles constructions bordant les voies royales qui réduit les déplacement officiels à un tourisme de diplomates. Elle a donné de toute sa personne pour réaliser cette rencontre qui s’est terminé en échange voire même en vie communautaire à en croire la tradition éthiopienne où la reine devient la mère d’un fils de Salomon, David ou Ménélik le fils du sage.


Là où l’Evangile est arrivé avant les missionnaires occidentaux.

Ainsi ne pouvons nous pas dire que lorsque les premiers missionnaires sont arrivés en Ethiopie et que le paganisme et les religions traditionnelles occupaient tous les esprits, ceux des hommes et des femmes.
Au contraire, l’Ethiopie est l’un des premiers pays d’Afrique à avoir connu l’Evangile et cela évidemment bien après le règne de la reine de Saba. A partir de sa lecture au VI ème siècle, la culture s’est peu à peu imprégné des éléments culturels qu’il véhiculait. C’est en cela que nous pouvons affirmer que l’Ethiopie a connu le processus de l’inculturation bien avant que la théorie en soit faite.
La frise chronologique de l’histoire éthiopienne s’étant largement au IX ème siècle avant J-C, temps où aurait dû régner cette souveraine si l’on s’accorde avec les dates approximatives de 972 à 933 pour le roi Salomon. Il est alors possible d’imaginer que le royaume de Saba s’étendait sur les deux rives de la Mer Rouge, du Nord de l’actuelle Ethiopie et de l’Erythrée jusqu’en Arabie du Sud.
Et pourtant, la question des religions traditionnelles est encore d’actualité pour les Eglises en Ethiopie. Orthodoxes en majorité, luthériens, catholiques et bon nombre d’autres confessions qui se sont répandues dans l’Ethiopie moderne mais qui fait toujours partie des pays les plus pauvre de l’Afrique.

Et encore un peu d’histoire

 

L’arrivée du christianisme en Ethiopie bien qu’aujourd’hui encore raconté sous forme de légendes fera l’objet de cette étude de l’histoire du christianisme éthiopien. Mais de quelle Ethiopie s’agit-il lorsqu’il est question de l’arrivée du christianisme dans la Corne de l’Afrique au IIIème siècle?
Quelques éléments nous initient à l’histoire éthiopienne que l’on trouve de manière plus synthétique dans le récent ouvrage de Berhanou Abebe Histoire de l’Ethiopie d’Axoum à la révolution. Paris: Maisonneuve & Larose, 1998 ainsi que dans un article de Bengt SUNDKLER & Christopher STEED A history of the Church in Africa. Cambridge: University Press, 2000, 1232 pages. Une bibliographie permet d’approfondir ces grandes lignes que nous nous proposons d’esquisser ici.

Le royaume de Saba
L’Ethiopie était déjà connue des auteurs anciens, ceux de la Bible où elle est mentionnée sous l’appellation de pays de Coush localisé non loin du Nil selon Genèse 2:13. La Septante donnera en traduction le terme grec “ethiopia”. Saba est mentionné par l’Ancien et le Nouveau Testament. Selon des traditions égyptiennes, il est question d’un “pays de Pount”. Le poète grec Homère au VIIIème siècle avant J.-C parlait de l’Ethiopie comme le pays des gens au visage brûlé.

L’archéologie a révélé dans le Nord de l’Ethiopie, aujourd’hui nommé le Tigray, des inscriptions et des monuments appartenant la culture sabéenne datant du Ve au IIIe siècle avant J.-C. Cette même culture se trouve ainsi répandue sur les deux rives de la Mer Rouge! On a d’abord émit l’hypothèse selon laquelle ces éléments constituaient les traces de la colonisation du plateau éthiopien par les arabes du Sud, ce qui expliquerait le type et la forme sémitique de la langue guèze dont l’alphabet semble être issu des caractères sabéens géométriques et non vocalisés. L’état de la recherche montre qu’aujourd’hui cette hypothèse doit être nuancée car s’il est vrai qu’entre le Ve et IIIe siècle avant J.-C il y avait une relation entre les populations des deux rives de la Mer Rouge est que cette situation laisse apparaître des points communs, voire même une certaine uniformité culturelle due aux liens historiques plus forte que les différences, on ne peut toutefois pas vérifier cette hypothèse pour une période plus lointaine, antérieure au Vème siècle.

La civilisation axoumite
Le royaume d’Axoum n’est sans doute pas le seul royaume ayant existé dans cette région bien qu’il fut porteur d’une importante richesses commerciales et de développements culturels. Ainsi des commerçants d’Axoum vendaient-ils leurs marchandises jusqu’en Perse et à Byzance, vers les Indes…
Vers le VIème siècle le grec était encore la langue officielle dans le royaume mais une nouvelle langue, plus adaptée à la rencontre des cultures sémitiques se forgeait: le guèze. Le Nouveau Testament jusqu’à là existant en grec fut traduit en guèze par des moines syriens à partir d’un original sans doute en syriaque, d’Antioche. D’autres œuvres y furent introduits et traduits très tôt. Ce sont des livres considérés comme apocryphes par les Eglises mais acceptés par le Canon de l’Eglise Ethiopienne. Le livre d’Hénoch, l’Ascension d’Isaïe, l’Apocalypse d’Esdras, le pasteur d’Hermas, l’Evangile de Mathias…
Cet événement parlerait-il alors plus des Neuf Saints syriens avec lesquels serait venu le christianisme ainsi que de l’Eglise d’Alexandrie qu’en faveur du récit sur l’eunuque éthiopien ministre de la reine Candace?
Beaucoup de chrétiens, occidentaux ou africains croient que le christianisme a été introduit par le ministre de la reine Candace de retour d’un périple sur les routes menant à Jérusalem où il se fit baptiser par Philippe selon le récit de Actes 8, 26-39. Cependant, l’historicité de ce personnage n’est jusqu’à aujourd’hui pas vérifiée et laisse plutôt penser au royaume de Méroé en Nubie dans la région de l’actuel Soudan.
Ainsi, devons nous nous référer à une autre source d’histoire qui est le synaxaire éthiopien, le livre des saints d’après lequel Frumence, un chrétien laïc syrien, naufragé fut introduit à la cour du souverain éthiopien. Après avoir été consacré évêque par le patriarche d’Alexandrie et après avoir convertit le souverain Ezana au christianisme en 330 environs, il contribua à l’expansion de ce christianisme dans la région d’Axoum. Le roi Ezana et son frère furent alors appelés Abreha et Asbeha. Frumence l’évangélisateur également appelé ” l’illuminateur de l’Ethiopie” est encore vénéré sous le nom de Aba Salama, le Père de la paix. Aujourd’hui encore est visible à Axoum une pierre commémorant la conversion d’Ezana ainsi que des conquêtes militaires du IVème siècle écrite en sabéen, en grec et en guèze. Les monnaies de la première partie de son règne portaient le signe du croissant de lune alors que celles de la seconde partie de son règne étaient ornées de la croix chrétienne. Ainsi les symboles païens remplacé par le symbole chrétien attestent un changement religieux et politique étroitement liés l’un à l’autre.

Cependant après la conversion officielle du roi attestée par un monument à Axoum, la christianisation ne fut sans doute pas aussi rapide qu’on l’aurait imaginé. En effet, il fallu près de 7 siècles au christianisme pour atteindre le sud de la région du Tigray car la christianisation de l’Ethiopie ne se fit réellement qu’après le Concile de Chalcédoine au Vème siècle.
Ainsi le royaume de Saba et la civilisation d’Axoum formaient le contexte culturel, politique, religieux et économique dans lequel a pu naître et se répandre un christianisme éthiopien appelé à garder son authenticité jusqu’au XXème siècle. Sa venue et son développement en tant que christianisme éthiopien feront l’objet de la partie qui suivante.

Naissance d’une église et de l’histoire sainte en Ethiopie
L’histoire du christianisme dépend en grande partie de celle de l’Eglise Copte d’Egypte dans laquelle les grandes célébrations que l’on trouve actuellement encore dans le christianisme étaient courantes. En effet, Timkat, en mémoire du baptême du Christ était célébrée au bord du Nil dans tout son faste et ses couleurs. Les diacres ou ces assistants des prêtres, aussi appelés les debteras exécutaient des danses liturgiques. Mais la source la plus intéressante pour la connaissance de la foi et des coutumes éthiopienne est pour l’historien la présence des textes de l’Ancien Testament. Ceux-ci sont au fondement des traditions éthiopiennes mais n’étaient pas sans provoquer de conflits avec l’Eglise copte d’Alexandrie. Avec l’élaboration des traditions orales à partir du VIème siècle de notre ère puis écrites au XIIème siècle du chef d’oeuvre de la littérature guèze, Kebra Nagast La Gloire des Rois, les chrétiens éthiopiens se considèrent de plus en plus comme le peuple héritier non seulement du christianisme mais plus encore de la place qui était réservé à Israël. D’après Tadesse Tamrat, historien éthiopien, ce processus commença lorsqu’au VIème siècle, un roi axoumite Elasb adopta le nom de Kaleb. Ce fut donc le premier roi éthiopien à porter un nom biblique d’autant plus qu’il a un fort caractère symbolique dans le sens où, d’après le livre des Chroniques, il était porté par un jeune représentant de la tribu de Juda appelé par Moïse et Josué à explorer le pays de Canaan, la Terre Promise.
Ainsi, le nouvel Israël se trouva déplacé en Ethiopie où les habitants sont gouvernés par les descendants de la reine de Saba et de Salomon . De même le symbole de l’alliance de Dieu avec son peuple, l’arche de l’alliance semble être gardée à Axoum, ce que nous rappellent aussi les Tabote Sion, sorte de petites copies de l’arche qui se trouvent dans chaque église orthodoxe.
Le peuple éthiopien n’est pas resté sans devoir se justifier: cela se fit par la rédaction du Kebra Nagast s’appuyant sur des textes bibliques. Le peuple d’Israël aurait compromis sa position d’héritier et de peuple élu de Dieu en crucifiant Jésus Christ alors que celui-ci a été accepté et adoré par le peuple de la reine du Sud de laquelle Jésus lui-même parlait à ses disciples en Matthieu 12:42 ou Luc 11:31. C’est cette reine qui est identifiée avec la reine de Saba par les savants éthiopiens au Moyen Age.

C’est donc le long processus d’auto identification avec le peuple d’Israël qui donna les caractères bibliques à l’Ethiopie chrétienne. Ces caractères de l’Ancien Testament pouvaient être attribués à l’immigration de juifs en Ethiopie selon Edward Ullendorf . D’autres éléments semblent plutôt dériver des traditions alexandrines tels que la vénération de la sainte croix lors de la fête de Meskerem en septembre, la célébration de Timqat au mois de janvier commémorant le baptême du Christ, la vénération de la Vierge Marie et des Saints.

L’Eglise Orthodoxe éthiopienne d’origine apostolique est sans doute alors la plus ancienne d’Afrique après l’Eglise copte d’Egypte. Selon les traditions orales, elle aurait été fondée par l’apôtre Mathias ayant remplacé Juda dans le groupe des disciple de Jésus. L’Eglise d’Ethiopie entretint donc d’étroites relations avec l’Eglise d’Alexandrie bien que l’Egypte tomba sous l’Islam à partir de 640.


La légende des Neuf Saints et le monachisme éthiopien

Au IIIème siècle des ermites vivaient reclus dans le désert égyptien et au IVème siècle des communautés régies par des règles strictes virent le jour, tel que celle de St Pachôme sur la base du message évangélique “Si tu veux être accompli quitte tes biens…” Des monastères se concentraient dans la région du Tigray autour d’Axoum

Les Neuf Saints sont aujourd’hui encore particulièrement vénérés. Ils sont d’origine étrangère: Za-Mikael mieux connu sous le nom de Aragawi, l’Ancien avait séjourné dans un couvent égyptien sous la règle de Pachôme. Son monastère est celui que l’on trouve actuellement sous le nom de Débré Damo, perché sur un rocher accessible uniquement par des cordages et des échelles alors que la légende y raconte qu’un moine Saint Michel y fut hissé par un énorme serpent. Pantalewon, semble être un nom syrien auquel est attribué un monastère dans les hauteurs d’Axoum. Les autres étaient Isaak, Gouba, Afse, Alef, Mata, Libanos et Sehma. Ce sont donc probablement ces neuf saints qui ont introduit la règle de Saint Pachôme et qui furent à l’origine des premiers établissements monastiques.
Ces ermites encore appelés Tsadqan n’ont pas fondé de véritables monastères tels que nous les voyons aujourd’hui dans le christianisme occidental ou plus particulièrement dans le catholicisme africain. Mais ils menaient une vie très austère, ascétique. L’un est réputé pour n’avoir mangé que de l’herbe, l’autre pour être resté debout sur un pied durant tout sa vie, ou encore pour n’avoir jamais dormi couché… Afse se serait établit à Yeha non loin d’Axoum, endroit connu pour ses monuments axoumites, des temples à fort caractère païen transformés en églises.


Les controverses théologiques et les schismes

A la suite du Concile de Chalcédoine, l’Eglise d’Ethiopie fut entraînée à adhérer à des doctrines dont elle n’avait q’une connaissance limitée et plus particulièrement à la doctrine monophysite à la suite de l’Eglise Copte d’Egypte de laquelle elle dépendait alors. Les ermites, en Ethiopie appelés Tsadkan, c’est-à-dire les Justes ainsi que les Neuf Saints participaient à l’évangélisation de la région nord de l’Ethiopie, bref de la campagne axoumite.
Ainsi, les chrétiens d’Ethiopie admirent les décisions du concile de Nicée en 325, puis encore celles du Concile de Constantinople en 381 et d’Ephèse en 431 alors qu’ils refusèrent la doctrine dyophysite du Concile de Chalcédoine en 451 affirmant que le Christ possède deux natures distinctes: la divinité et l’humanité. D’où le nom de monophysites, selon lequel le Christ n’aurait qu’une seule nature la divinité parfaitement unie à celle de l’humanité. Toutefois, les éthiopiens refusent d’être appelés monophysites et préfèrent le terme de myaphysites qui est la traduction du terme éthiopien Tewahido, signifiant unité.
Le clergé disputait à de nombreuses reprises ces distinctions théologiques qui finalement n’ont eu que peu de répercussions sur la piété populaire. La conséquence de l’adoption de cette doctrine chère à l’Eglise copte d’Egypte est le renforcement de l’Eglise Ethiopienne avec cette dernière.
La reconnaissance de la doctrine myaphysite, ou pour nous la doctrine monophysite, ne suffit pas à définir le christianisme éthiopien. Ce christianisme présente des particularités très surprenantes qui ne sont pas encore toutes expliquées ( par exemple d’où vient la circoncision?) La judaïsation de l’Ethiopie semble avoir eu lieu dès le premier siècle de notre ère vu l’importance des éléments d’origine hébraïque apparaissant dans le christianisme éthiopien.

La renaissance
Au milieu du XVème siècle, le roi Zara Yacob réforma l’Eglise Orthodoxe d’Ethiopie et restaura la situation politique. Les Stéphanites, ses opposants étaient des chrétiens refusant de se prosterner devant l’image de la Vierge Marie. Ils furent persécutés et surnommés les Sere Maryam, les ennemis de Marie. Le culte marial se développa considérablement. Une tradition voulut que lors de leur fuite devant les persécutions de Hérode Marie et Joseph arrivèrent jusqu’en Ethiopie.
En ce temps de renaissance un grand nombre de saints locaux émergèrent avec leur propres histoires extraordinaires nommées kidan devenus un genre littéraire de l’hagiographie.
Ainsi cette période du XIIIème au XVème siècle se caractérise par un extraordinaire mouvement de renouveau avec la vénération des Saints. Celle-ci n’était pas sans produire un esprit de compétition entre les monastères fondés ou voués à l’un de ces saints. Les hagiographies et des récits fabuleux se développèrent et contribuèrent donc au développement du pouvoir spirituel des saints ainsi qu’à l’édification de la vie spirituelle des fidèles.

Lutte contre le catholicisme portugais

Lorsque le missionnaire et explorateur portugais Francisco Alvarez arriva en Ethiopie il y rencontra, à sa grande surprise, un pays déjà christianisé ayant su garder intacte sa foi chrétienne enrichie par une culture originale. Cette foi s’exprimait aussi à travers des grands monuments comme ces églises taillées dans le roc des montagnes au XIIème siècle.
Une méfiance de la part des éthiopiens à l’égard de toute religion nouvelle et de ses représentants. En effet, des missionnaires jésuites était envoyés par le Vatican pour inféoder l’Eglise éthiopienne à la hiérarchie romaine. Or cette mission allait supprimer la liberté religieuse des éthiopiens qui avaient demandé l’aide des troupes portugaises de Vasco de Gama pour lutter contre l’avancée de l’islam. L’alliance proposée par le Vatican fut donc de courte durée de 1626 à 1632.

Après les destructions massives des églises et des villages par les troupes d’Imam Ahmed Gragne, dit le Gaucher, bien que vaincu par les chrétiens éthiopiens soutenus par un corps expéditionnaire portugais en 1543, le pays se morcela par les querelles dynastiques. Néanmoins, L’Eglise éthiopienne resta une force d’unification lors de multiples menaces extérieures telles que l’Egypte au XIXème siècle qui craignait que les Ethiopiens allaient arrêter les eaux du Nil. En 1896, l’Italie dont les forces armées tentaient d’envahir l’Ethiopie, fut battue. Mussolini tentera une autre invasion de 1936 à 1941.

L’arrivée des missionnaires occidentaux
Au Moyen Age, l’image que les européens avaient de l’Ethiopie était celle d’un royaume chrétien appartenant à un roi, le prêtre Jean. Légende et histoire étaient déjà confondus. Les savants européens spéculaient sur la localisation de ce mystérieux royaume chrétien s’étendant de l’Ethiopie jusqu’en Indes. Finalement, on s’est rendu compte que ce royaume chrétien n’avait pas de frontières fixes, ni de royauté aussi puissante que la légende répandue en Allemagne et en France le suggérait. Ce qui importait était de savoir qu’il existait des chrétiens quelque part dans la corne de l’ Afrique alors que la conception du monde d’alors voulait qu’il y ait d’une part des chrétiens en Europe et des païens ailleurs. Pour l’Ethiopie il en allait autrement. La présence des chrétiens orthodoxes était plus que troublante pour les aventuriers, explorateurs mais aussi pour les missionnaires qui accompagnaient les armées, les jésuites…Le cas de l’Ethiopie était d’autant plus particulier que ce christianisme était schismatique. Ses doctrines devaient être rectifiées, corrigées, voire même être remplacées par celles de l’Eglise catholique romaine ou par celles issues de la Réforme!

Dès 1632 Peter Heyling, un médecin et missionnaire allemand arriva depuis l’Egypte. Lors de ses conversations avec les prêtres orthodoxes il s’efforçait de leur faire part de la doctrine luthérienne. Il s’attacha à traduire certaines partie de la Bible en amharique, langue courante de l’Ethiopie alors que le guèze était la langue littéraire et surtout liturgique des orthodoxes. Or peu nombreuses sont les traces écrites ayant pu être conservées jusqu’à aujourd’hui.

En 1832, un autre missionnaire Samuel Gobat au service de la Church Missionary Society de Londres arriva depuis Alexandrie. Après un apprentissage de la langue amharique durant trois ans il œuvra à Gondar alors la capitale de l’Abyssinie. Il y traduit également le Nouveau Testament en amharique.

Ces deux missionnaires sont réputés pour ne pas avoir été engagés dans une polémique avec les orthodoxes. Ils ont tous deux enseigné un christianisme évangélique, traduit les écritures dans la langue courante et se sont attaché à créer un mouvement de réveil ou de renouveau dans l’Eglise Orthodoxe. Leur intention n’était donc pas de créer une nouvelle église! Son travail était fort apprécié et pourtant Goba du quitter le pays sous la pression du clergé.
Dr Ludwig Krapf, un missionnaire allemand lui succéda et échoua de même dans sa tentative de création d’un mouvement de renouveau au sein de l’Eglise Orthodoxe. Il ne dut pas quitter le pays mais réalisa un grand travail auprès des Oromo, alors aussi appelé Galas.
Par ailleurs, après deux siècles d’interruption l’Eglise Catholique Romaine reprit ses activités missionnaires avec Jacobis un prêtre italien qui oeuvre à répandre la doctrine catholique sans polémique avec les orthodoxes. Pour cela il avait appris la langue du peuple, adopté les coutumes et vivait en faisant vœux de pauvreté. Mais c’est à partir du moment où il fut nommé officiellement évêque catholique pour l’Ethiopie qu’il rencontra une résistance plus forte.

Les premiers contacts des missionnaires étaient chaleureux. Les premiers missionnaires reçus par les empereurs étaient invités à œuvrer au sein de la déjà très vieille Eglise orthodoxe. Mais les relations avec le clergé se détériorèrent rapidement lorsque les missionnaires tels que Krapf ou Isenberg refusèrent de célébrer l’eucharistie avec les orthodoxes alors que leur politique officielle était d’œuvrer au sein de l’Eglise orthodoxe et non de créer une église “protestante”. Remarquons, qu’il ne s’agissait pas d’un problème dogmatique mais tout simplement d’un refus catégorique des coutumes éthiopiennes, d’un style de vie ascétique marqué par un grand nombre de jeûnes et de rites de purification. Ainsi, les missionnaires protestants venus en Ethiopie voulaient-ils initier une réforme dans l’Eglise orthodoxe, revitaliser les traditions chrétiennes, changer les habitudes mais n’ont pas l’effort d’étudier les traditions comme l’ont fait les missionnaires catholiques. Ces derniers avaient sans doute eu plus d’affinité avec les rites et le guèze, la langue liturgique. Néanmoins les missionnaires protestants se sont plutôt adonnés à l’étude et à la traduction de la Bible en langues vernaculaires afin de pouvoir transmettre ce qu’ils avaient apporté de leur pays d’origine. Ludwig Krapf en fit partie lorsqu’il découvrit en 1840, que le guèze seul est la langue ecclésiastique en Ethiopie mais qu’il ne l’apprit jamais.

Au temps de l’empereur Ménélik II, des missionnaires suédois, finlandais, allemands, norvégiens furent appelés à travailler au près du peuple Oromo, alors aussi appelé Gala. Cette oeuvre missionnaire se plaçait dans un cadre politique qui était l’unification des peuples en un royaume chrétien à partir duquel devait naître l’Ethiopie Moderne .

Naissance de l’Eglise Luthérienne
Le mouvement piétiste et de renouveau suédois engagé par un prédicateur laïc O. Rosenius manifesta très tôt le désir de porter l’Evangile aux extrémités de la terre. Ce mouvement se constitua en société missionnaire en 1861 et sur les conseils du Dr Krapf, des missionnaires furent envoyés dans le nord de l’Ethiopie, plus particulièrement à Massawa au bord de la Mer Rouge. Mais une fois arrivés sur place beaucoup d’entre eux étaient terrassés par la fièvre. A cela s’ajoutaient les conflits aux frontières avec l’Egypte. Pourtant c’est à partir de là qu’ils étaient peu à peu appelés à gagner le Sud du pays pour œuvrer parmi les Oromo.
Nesib, ou du nom de baptême Onesimus, à sa sortie de l’école des garçons dirigée par les missionnaires qui accueillait des garçons libéré de l’esclavage fut envoyé en Suède pour y effectuer des études de théologie. A son retour en Ethiopie il dut toutefois attendre quelques années avant d’obtenir l’accord de l’empereur Ménélik II pour évangéliser les Oromo car celui-ci voulait à tout prix éviter d’ avoir deux sortes de christianisme dans son empire. Onesimus prépara du matériel catéchétique en traduisant de nombreux livres d’édification en langue oromo, mais surtout le Petit Catéchisme de Martin Luther. En 1877 Onesimusl fut finalement autorisé par l’empereur à se rendre dans l’ouest de l’Ethiopie en pays oromo nommé Wollega. La Bible fut entière traduite en oromo pour la première fois et fut imprimée en Suisse en 1899.

Le 9 novembre 1881, l’expédition dans le Wollega organisée par un pasteur suédois Arrhenius et Onesimus à travers le Soudan de plus de 2000 Km échoua car le pays oromo en guerre et ils durent tous revenir à Massawa. Arrhenius mourut en cours de route et Onesimus tenta à trois reprises d’atteindre le Wollega puis commença son oeuvre missionnaire tout au sud de l’Ethiopie parmi les Borana dans la Province du Sidamo où il mourut à l’âge de 75 ans en 1931
Ce n’est qu’en 1903 qu’un pasteur suédois Carl Cederquist obtint la permission de l’empereur Ménélik II pour commencer le travail missionnaire dans la capitale Addis Abeba. Il y œuvra en tant que pasteur et médecin tout en rencontrant de nombreuses résistances de la part de l’Eglise Orthodoxe car il organisait des rencontres dominicales pour ses étudiants. Ce missionnaire avait encore la même intention que ses prédécesseurs: travailler au sein de l’Eglise Orthodoxe et y œuvrer à un mouvement de renouveau.

Un important changement se produit avec son successeur Olle Erikson qui introduit un service liturgique luthérien suédois en langue amharique dans ses rencontres avec les étudiants. Puis le 10 octobre 1921 un premier baptême fut célébré dans son groupe de rencontre devenu une congrégation évangélique à Addis Abeba. Trois musulmans y furent baptisés et quatre orthodoxes admis dans la congrégation par la célébration de leur confirmation . Le même modèle de création de congrégations évangélique se reproduisit dans l’Ouest de l’Ethiopie parmi les Oromo à l’arrivée de la Mission suédoise en 1920. Pour garder une bonne coopération avec l’Eglise Orthodoxe un responsable éthiopien y fut engagé et la congrégation continua de faire partie de la mission suédoise jusqu’en 1936, date du départ des missionnaires à cause de la Seconde Guerre Mondiale.

En 1927, répondant à l’invitation du Dr Krapf, la Mission allemande de Herrmansbourg commença également l’évangélisation des Oromo dans le Wollega. Cette société missionnaire avait en effet déjà tenté un envoi lors de l’expédition du suédois Arrhenius et Osenimus en 1853 mais sans succès. Cette fois, quatre missionnaires allemands eurent la permission de l’empereur de travailler au village nommé Aïra dans le Wollega.
Par ailleurs la mission anglo saxonne Sudan Interior Mission oeuvra surtout dans le sud de l’Ethiopie.
Ces missions n’avaient pas l’intention de créer de nouvelles églises mais de contribuer à la formation d’une grande église nationale. Mais leur chemin prit un tournant avec l’occupation italienne en 1935. Les missions protestantes étrangères se rangèrent du coté de l’Ethiopie contrairement aux catholiques italiens. A partir de là les difficultés devinrent nombreuses : fermeture de toutes les écoles protestantes, les jeunes congrégations évangéliques n’étaient pas préparées à être brusquement séparées des missionnaires qui durent quitter le pays jusqu’à la libération de l’Ethiopie en 1941 lorsque l’empereur Haïlé Selassié exilé en Angleterre fit son entrée triomphale à Addis Abeba.
A la libération de l’Ethiopie la congrégation d’Addis Abeba jugea bon avec le pasteur Badima, un éthiopien de se constituer en Eglise indépendante de l’Eglise Orthodoxe. Etait-ce dû à l’absence de missionnaires étrangers à la congrégation durant les temps difficiles de l’occupation italienne?
Différents groupes ethniques se rencontraient alors dans cette congrégation qui devint l’Eglise Mekane Yesus avec la réunion de toutes les autres congrégations évangéliques qui s’étaient formées et regrouprées dans le Wollega en 1944 sous forme de conférence des églises (congrégations ) évangéliques éthiopiennes! Par ailleurs, ces congrégations étaient fondées par des missionnaires de différentes origines ce qui ne devaient pas toujours faciliter les rencontres. En 1946 le but de la rencontre était d’œuvrer ensemble en vue d’une Eglise Evangélique Ethiopienne. L’empereur demanda aux missionnaires de prendre en charge le système éducatif en Ethiopie. A côté des écoles, des instituts de formation propre à chaque mission furent crées à partir de 1949 ce qui produit de nombreuses théologies parfois divergentes.

A l’initiative de la FLM un comité des sociétés missionnaires s’était regroupé à Addis Abeba en 1951 et a décidé d’œuvrer pour un intérêt commun en tant que missions luthériennes en Ethiopie sans interférer à l’action du conseil chrétien d’Ethiopie déjà existant. Rendre accessible l’évangile à tous les peuples d’Ethiopie. Encourager la prise de responsabilité pouvant conduire les églises à l’autonomie.

Nous pouvons donc constater que la construction de nouvelles églises, d’écoles et de dispensaires semblait être plus urgente que l’organisation des communautés déjà existantes en une Eglise. Et pourtant le besoin de formation des leader des communautés ne tarda pas à se faire ressentir. En 1954, deux missionnaires, Gustv Aren et Manfred Lundgren furent appelés à présenter une confession commune pour la future Eglise Evangélique. Notons qu’ils n’avaient pas encore choisi d’apposer la dénomination luthérienne au nom de la future église car il y avait aussi des chrétiens de tendance presbytérienne aux réunions. L’idée d’une église évangélique unie fut aussitôt abandonnée en faveur de celle d’une Fédération d’églises évangéliques au sein de laquelle chaque congrégation pouvait garder sa dénomination. Or l’esquisse d’une constitution pour cette fédération fut également refusé lors de la grande conférence de 1954. C’était un décision prises par les Ethiopiens eux-mêmes.
En 1955, une autre rencontre organisée par la FLM permit l’unité luthérienne en Ethiopie.
Le 5 avril 1957, la congrégation d’Addis Abeba, posa sa candidature à la FLM par Emmanuel Abraham qui s’était fait remarquer lors de la rencontre de 1955. En même temps le comité des missions étrangères reposait la question de la formation d’une église évangélique luthérienne en Ethiopie. A partir de là, une nouvelle rencontre fut fixée en janvier 1958 à Addis Abeba lors de laquelle les différentes congrégations d’Ethiopie purent se joindre en une église luthérienne unie. Entre temps une mission américaine débarqua en Ethiopie et se joignait aussitôt au comité des missions en la personne du Dr Schaefer enrichi de son expérience missionnaire en Indes. Sa proposition d’une constitution doctrinale pour la future grande église fut acceptée par le comité. Ainsi, en 1958 les représentants des congrégations et des missions purent se réunir et donner une structure et un nom à leur grande église unie: Eglise Evangélique Mekane Yesus: l’endroit où habite Jésus, du nom d’une église d’Addis Abeba édifié en 1950 que l’on appelle aujourd’hui encore la paroisse mère. Cependant, la même année lui fut ajouté l’adjectif “Ethiopienne”: Ethiopian Evangelical Church Mekane Yesu (EECMY); cela pour montrer qu’il s’agissait bien d’une église nationale éthiopienne et non d’une église constituée par des étrangers! Le premier président en fut Emmanuel Gebré Selassié en 1959. L’Eglise Evangélique Ethiopienne Mekane Yesu était alors constituée de 4 synodes. Aujourd’hui elle en compte 14.
Quelle forme avaient alors les relations entre cette nouvelle église et les sociétés missionnaires? C’était surtout par rapport à l’Eglise Orthodoxe que Mekane Yesu devait clarifier sa position pour ne pas être considérée par les orthodoxes comme une église pour les étrangers. Pour cela l’EECMY avait besoin d’un statut indépendant reconnu par l’Etat. Le second président, Emmanuel Abraham demanda à ce que les missions soient pleinement intégrées, ce qui permit à l’EEMCY de devenir l’employeur de missionnaires! L’EECMY fut reconnu par l’Etat en 1969 comme une institution.
En 1973, l’EECMY faisait aussi partie de la Conférence de Tout l’Afrique (CETA) et en 1978 elle posa sa candidature au World Council of Churches, le Conseil Mondial des Eglises.


L’ouverture de l’Ethiopie à l’Occident

La dépendance de l’Eglise éthiopienne de l’Eglise copte n’était pas sans tensions. Les évêques pour l’Ethiopie étaient des égyptiens ou d’autres étrangers nommés par le patriarche d’Alexandrie. Le métropolite ou le patriarche de l’Eglise Orthodoxe était de tout temps un étranger: un égyptien tel que abouna Salama avait alors le même profil qu’un missionnaire protestant, ignorant des traditions et des langues éthiopiennes. Son bagage culturel et intellectuel était fortement influencé par le monde occidental… et pourtant il faisait partie de l’Eglise d’Ethiopie. C’est en cela qu’il pouvait être considéré comme un médiateur entre les différents facteurs sous tension.

L’Eglise Orthodoxe d’Ethiopie obtint, après de longues tractations son émancipation canonique par rapport à Alexandrie avec l’ordination de 5 évêques autochtones en 1929.
En 1944, sa Majesté l’empereur Hailé Selassié créa une école de théologie pour l’Eglise Orthodoxe Ethiopienne. Son directeur était un arménien suivi d’un syrien.
Enfin en 1959, un accord définitif consacra l’Eglise Orthodoxe d’Ethiopie comme Eglise autocéphale avec un patriarche, un catholicos, appelé abouna par les éthiopiens. Celui-ci préside un synode composé de 22 évêques maintenant tous éthiopiens. Toutefois, ce synode reconnaît encore le patriarche d’Alexandrie comme patriarche d’honneur. L’abouna éthiopien est assisté par un étchéguié, chef monastique jouant un rôle considérable avec les quelques 800 monastères placés sous son autorité.

Conclusion
Après de multiples épreuves les églises d’Ethiopie restent une réalité vivante, voire même incontournable. Leur histoire pouvant se caractériser par la résistance et la réussite en fait une légende et un exemple pour les jeunes églises africaines.

Le protestantisme de l’Ethiopie actuel se définit moins par rapport à l’Eglise catholique romaine que par rapport à l’Eglise Orthodoxe d’Ethiopie devenue très tôt comme nous l’avons vu une institution d’Etat. D’autres dénominations constituent avec l’EMCY, qui sans doute la plus représentative des communautés fondées au début de ce siècle avec actuellement plus de 3,5 millions de fidèles luthériens, un ensemble se distinguant de l’Eglise orthodoxes de par leurs origines étrangères: les ménonites, baptistes, méthodistes, pentecôtistes…

BIBLIOGRAPHIE

Berhanou ABEBE Histoire de l’Ethiopie d’Axoum à la Révolution. Paris: Maisonneuve Larose, 1998, 238 pages.

Emmanuel ABRAHAM Reminiscences of my life. Oslo: Lunde forlag, 1995, 342 pages.

Gustav AREN Envoys of the Gospel in Ethiopia. Stockholm EFS Förlaget, 1999, 536 pages.

Gustav AREN Evangelical Pionners in Ethiopia. Stockholm EFS Förlaget, 1978, 486 pages.

Miguel BROOKS Kebra Nagast The Glory of the Kings. Lawrenceville: The Red See Press, 1995, 193 pages.

Jean DORESSE Histoire sommaire de la corne orientale de l’Afrique. Paris: Paul Geuthner, 1971, 389 pages.

Cardinal Aloys GRILLMEIER Le Christ dans la tradition chrétienne. Paris: Cerf, 1996, 597 pages.

Getatchew HAILE Aasulv LANDE Samuel RUBENSON The missionary Factor in Ethiopia.
Francfurt am Main: Peter Lang, 1998, 215 pages.

S. Pierre PETRIDES Le livre d’or de la dynastie salomonienne d’Ethiopie. Paris: PLON, 2964, 292 pages.

Bengt SUNDKLER & Christopher STEED A history of the Church in Africa. Cambridge: University Press, 2000, 1232 pages.

Tadesse TAMRAT Church and State in Ethiopia 1270-1527. Oxford : Clarendon Press, 1972, 327 pages.

Edward ULLENDORF Ethiopia and the Bible. London: Oxford University Press, 1968, 173 pages.

Bahru ZEWEDE A history of Modern Ethiopia 1855-1974. Addis Abeba: University Press, 1992, 244 pages.

 

Source

http://pageperso.aol.fr/michelmahler/mapage/enseignementeducation.html

 

 

Advertisements

Written by Tseday

March 29, 2011 at 1:46 pm

Share your thoughts

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s

%d bloggers like this: